Quand j’ai annoncé à Rolande GAYET que nous allions produire un western, cela lui a paru tout à fait naturel. Nous étions tous deux assez passionnés pour y croire.  Alors nous l’avons fait, sans perdre de temps en réflexions stériles ou autres calculs hypothétiques. Armés de passion et d’amis sincères, prêts à tous les sacrifices, nous avons réussi à tourner un film de 72 mn avec 38.000 Euros (250.000 Fr).  Ces quelques sous  ont couvert les achats de pellicule et les frais de laboratoire. Quant aux comédiens et techniciens, tous ont accepté de s’engager à titre gratuit.   Les jeunes héros du film n’étaient autres que mes enfants dans les rôles de Tom et Peggy. J’avais promis à tous que nous passerions  à la télévision, alors je n’avais plus le choix. Et nous sommes passés à la télé.  Canal Plus, France 3, et puis d’autres...     Je me souviens de scènes particulièrement difficiles.  Nous n’avions pas les moyens de tourner en studio.  Alors nous sommes allés sur place. J’avais décrit une tempête de neige dans mon scénario. Tom et Peggy se perdaient dans les montagnes avant d’être retrouvés par un trappeur. Il était absolument impossible de transporter une équipe lourde dans des paysages aussi hostiles. Parfois nous n’étions plus que quatre, mes enfants, moi même, et Rolande qui tenait le coup.    Ces tournages étaient absolument fantastiques. Rolande annonçait le plan et actionnait le clap qu’elle jetait immédiatement à terre pour récupérer la perche et le micro. Quant à moi, j’utilisais prestement un pulvérisateur pour accentuer les larmes de mes comédiens et tournais la scène. Nous étions si bien calés dans nos gestes et les enfants si motivés, que les bons mouvements,  les mots justes, arrivaient toujours à point nommé.   Les résultats que nous obtenions avec nos méthodes sauvages étaient pour le moins un pied de nez aux majors.  Pour la séquence du pont  une réelle préparation était nécessaire. Je l’ai construit une première fois entre les arbres d’un parc. Il fallait entraîner mes enfants à franchir les 50 mètres de rondins sans oublier que ceux-ci pouvaient rouler à tous moments et les déséquilibrer. Cette passerelle allait tout même se balancer à plus de 35 mètres au dessus d’un torrent fou.   Il me fallut quatre longues journées pour le tendre au dessus de la gorge et une journée pour tourner la scène.  Tom et Peggy traversaient la passerelle et coupaient les cordes alors que Ted tentait de rebrousser chemin. Cette scène est un beau souvenir.    Et puis il y eut cette fameuse descente en radeau.  Pour réussir à vendre mon film à la télé, je savais bien qu’il faudrait leur en mettre plein la vue. Tom devenu adulte devait retourner dans la grotte du trappeur où se trouvaient plusieurs sacs d’or et un livre très particulier. Pour cela il devait affronter une rivière si tumultueuse qu’elle en était blanche d’écume. D’où le titre. Cette fois je n’ai pas trouvé de comédien pour réaliser l’exploit.  Pas fous les mecs. Alors je me suis jeté à l’eau. Daniel Penez, Jean Marc Pansier, et Francis Gome filmaient l’action de chaque côté des rives. Quant à moi je devais enclencher  une 4ème caméra dissimulée sur le radeau.  Cela me valut quelques frayeurs. Cette dernière séquence surprenante interressa FRANCE 2 qui nous demanda de réaliser pour elle un documentaire sportif intitulé  ' LE RADEAU ' .